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Histoire de la Mission de la mer

L´appellation « Mission de la Mer » fut utilisée à partir de 1945 : c´était une aumônerie générale des gens de mer, pêche et commerce. Son organisation actuelle, en association loi 1901, date de 1951, et des laïcs s´y adjoindront, en y prenant des responsabilités, à partir de 1970. La reconnaissance officielle de l´«Apostolat maritime» a été faite en 1938 par l´ACA (assemblée des cardinaux et archevêques), qui le rattache à l´Action Catholique, et dont le but est l´évangélisation du milieu maritime.
Cet apostolat maritime a pris naissance à Port-en-Bessin (Calvados) en 1925, à l´initiative du père Alfred Bernard, qui était curé dans ce port de pêche. C´est dans le même esprit que l´AOS (Apostleship of Sea), qui naît à Glasgow en 1920 avec Arthur Gannon. L´Eglise commence à se préoccuper du sort des pêcheurs, toujours en mer, qu´elle ne rejoint pas, qui connaissent des conditions de vie et de travail dures ; cela atteint les familles.
Elle crée des œuvres pour leur venir en aide, les sortir de la misère, faire de l´éducation ; elle rapproche les paroisses des quartiers de pêcheurs. En 1930, la JMC (jeunesse maritime chrétienne), pendant de la JOC pour le milieu maritime, est lancée. Un dominicain, le père Lebret, en est à l´origine, et va lui donner un réel dynamisme, en s´appuyant sur la doctrine sociale de l´Eglise, en particulier les encycliques « Rerum novarum » de Léon XIII, et « Quadragesimo anno » de Pie XI. Ayant fait tout un travail d´enquête sur le littoral maritime, il va prôner de bâtir un « humanisme intégral » qui passe par l´éducation et la formation. Ainsi, on peut dire que le père Lebret est à l´origine des écoles d´apprentissage maritimes, et des structures professionnelles de la pêche. Avec la JMC, son souci était de former une élite, avec des prêtres missionnaires suivant des sessions de formation, qui irait de l´avant pour entraîner la masse.
Une organisation similaire d´action catholique, spécifique pour le milieu officier, va se mettre en place dans la marine de commerce avec un autre dominicain, au Havre, le père Begouen-Demeaux. Le souci de formation des prêtres destinés à ce ministère est évident, et se fera avec le séminaire de la Mission de France. Cet apport de l´action catholique, qui vise à avoir une action sur le milieu, avec des gens qui en sont issus ou qui vivent dedans, à le transformer et à l´humaniser, est essentiel pour comprendre la Mission de la Mer.
Un autre apport est déterminant, c´est celui des prêtres navigants. Des aumôniers de port étaient en place, qui visitaient les marins sur les bateaux, ou les contactaient dans les foyers : il y avait alors de nombreux marins français. La période de la seconde guerre mondiale connut une effervescence missionnaire en France, à partir de la prise de conscience par l´Eglise de la déchristianisation des masses populaires. En 1941, le Cardinal Suhard fonda la Mission de France, avec un séminaire à Lisieux pour former des prêtres missionnaires destinés à ces milieux (la classe ouvrière, monde rural, milieu scientifique et technique …) loin de l´Eglise. En 1943, un livre écrit par 2 aumôniers de la JOC, « France, pays de mission », eut un impact très fort : les paroisses missionnaires ne suffisent pas à rapprocher l´Eglise de ces milieux déchristianisés, ni même les mouvements d´action catholique, comme la JOC : il faut être dedans, pour y faire naître des petites communautés. A partir de 1947, quelques prêtres s´embauchèrent dans les usines, dans les travaux publics et à la construction des barrages, se rendant compte que, pour une rencontre vraie des gens de ces milieux et être admis parmi eux, il fallait passer par le travail. Des aumôniers de port firent le même constat et commencèrent à vivre la vie de marin embarqué, comme graisseur, garçon de carré, ou pêcheur … Beaucoup de ces prêtres navigants étaient de la Mission de France, de diocèses côtiers, ou des Franciscains (dans les ports qui pratiquaient la « grande pêche » vers Terre Neuve et l´Islande). Trois équipes de prêtres, à la fois Mission de France et Mission de la Mer, étaient en place : à Dunkerque, Le Havre, et Marseille. En 1959, il y eut l´injonction de Rome de mettre fin au travail des prêtres navigants. Certains eurent l´autorisation de continuer aux TAAF (Terres australes et antarctiques françaises, compte tenu de la spécificité du travail là-bas, une présence de prêtres fut jugée compatible). Après le Concile Vatican 2, le redémarrage fut autorisé : la Mission de France suivit ; il y eut aussi l´un ou l´autre prêtre diocésain, Franciscain et Jésuite. Les temps avaient changé : ces prêtres étaient devenus électriciens, cuisiniers, mécaniciens ; à partir de 1970, les pavillons de complaisance firent leur apparition : l´un ou l´autre naviguèrent aux conditions internationales. Ainsi, Bernard Vincent, diacre de la Mission de France, passa tout son temps de navigation à la complaisance. Roland Doriol s´installa à Cebu (Philippines) en 1990, mit en place une aumônerie de port, qu´il fit vivre pendant 15 ans. Un diacre permanent est, pour peu de temps encore, pilote à Marseille. Je fus le dernier prêtre navigant, et mit sac à terre à la fin de 2007. Pour le moment, la source française est tarie. Peut-on espérer un diacre navigant parmi les officiers du commerce, ou à la pêche ? L´envoi d´un ministre ordonné comme marin signifie la sollicitude de l´Eglise à ces hommes partis pour de longs temps en mer, loin des leurs, et l´attention au sort qui leur est fait, en bannissant les mauvais traitements et les atteintes à la dignité. Pour ma part, je pense que le temps est venu pour que l´Eglise des Philippines (c´est le pays qui a le plus fort contingent de marins) prenne le relais d´un tel ministère.

Guy Pasquier
Le Havre, Juillet 2010.